La science derrière le mal du pays : comprendre ses causes et apprender à le gérer
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Introduction : Pourquoi le mal du pays est plus universel qu'on ne le pense
En tant qu’individus, il est très courant que nous pensions être seuls à traverser une épreuve spécifique. Mais en tant qu’êtres humains, nous sous-estimons souvent à quel point nos expériences sont universelles. Le mal du pays en fait partie.
Le dictionnaire Cambridge définit le mal du pays comme « le sentiment d’être malheureux à cause d’une longue période loin de chez soi ». Le mot a été traduit du mot allemand Heimweh au XVIIIe siècle, combinant Heim (« foyer ») et Weh (« malheur » ou « douleur »).
Le mal du pays ne fait pas de discrimination : il touche des personnes de tous âges, genres et origines, et presque tout le monde en fait l’expérience à un moment ou un autre de sa vie. Cela touche à la fois les étudiants vivant loin de leur ville natale et les migrants qui ont déménagé dans un autre pays à la recherche d’un avenir meilleur. Le mal du pays peut apparaître dans les semaines ou les mois qui suivent un déménagement, soit immédiatement, soit bien après que l’excitation initiale se soit estompée.
Dans cet article, nous nous intéresserons à la science derrière le mal du pays, aux aspects de la vie « chez soi » qui nous manquent le plus, aux enseignements tirés d'une récente étude menée auprès de migrants, ainsi qu'aux différentes façons de mieux faire face au mal du pays lorsque l'on vit à l'étranger.
La science derrière le mal du pays
Le cerveau humain adore la familiarité. Les neurosciences modernes considèrent le cerveau comme un système de prédiction qui tente constamment d’anticiper ce qui va se passer ensuite. Dans des environnements familiers, cette tâche lui est plus facile. Avec le temps, il associe certains lieux, habitudes, relations et repères culturels à un sentiment de sécurité. Dans Psychological Aspects of Geographical Moves, Van Tilburg et ses collègues expliquent que les individus développent un attachement émotionnel aux lieux à travers la familiarité, les routines, les souvenirs, les relations sociales et le sentiment de sécurité qu’ils procurent. Il est donc tout à fait naturel que l’éloignement de cet environnement familier puisse engendrer une forme de détresse.
Le mal du pays peut être une expérience psychologique particulièrement intense. Dans leur étude de 2016, Stroebe et ses collaborateurs le qualifient même de « mini-deuil » (mini-grief), qu'il ne s'agit pas simplement d'être triste parce que l'on est loin de chez soi. Comme le deuil, le mal du pays s'accompagne d'un sentiment de manque, de pensées récurrentes tournées vers ce qui a été laissé derrière soi et d'une souffrance émotionnelle parfois importante. Dans leur nouvel environnement, les individus doivent apprendre à vivre sans les personnes, les habitudes et les repères qui leur procuraient auparavant confort et stabilité. Ils peuvent également être confrontés à de puissants déclencheurs émotionnels : un plat familier, une chanson, une odeur ou même un simple son peuvent raviver instantanément des souvenirs de chez eux, souvent au moment où ils s'y attendent le moins. Plus encore, le manque du pays est souvent lié au sentiment d’appartenance, pas seulement à un lieu physique. Ce qui nous manque n'est pas seulement un endroit, mais aussi la personne que nous étions lorsque nous y vivions.
En plus de son impact émotionnel, le mal du pays peut aussi avoir un impact physique. Stroebe et al. (2016) mentionnent des symptômes tels que l’insomnie, des changements d’appétit, des difficultés gastro-intestinales, des déficiences immunitaires et des troubles de la mémoire. L’article de Van Tilburg ajoute à la liste les troubles du sommeil, les maux de tête et la fièvre.
Le mal du pays n’est pas simplement un sentiment passager de nostalgie. C’est une réponse complexe à l'éloignement des personnes, des lieux et des repères qui nous sont familiers, dont les effets peuvent se faire ressentir aussi bien sur le plan émotionnel que physique.
Qu’est-ce qui nous manque vraiment quand nous avons le mal du pays ?
Chaque personne ressent le mal du pays différemment, mais les recherches montrent que les choses qui nous manquent le plus sont souvent les mêmes.
Avant tout, ce sont les personnes qui nous manquent. Notre famille, nos amis, nos voisins et, plus largement, le réseau de soutien qui nous entoure au quotidien. L'éloignement oblige souvent à maintenir le contact par messages ou appels vidéo. Il peut aussi signifier renoncer aux visites improvisées, aux repas de famille ou au simple réconfort de savoir que nos proches ne sont qu'à quelques minutes de nous. Après tout, l'être humain est un être profondément social. Vivre loin de ceux que l'on aime peut être source de solitude et, pour beaucoup, se construire un nouveau cercle social revient à repartir de zéro.
Les lieux nous manquent également, et pas seulement la maison dans laquelle nous avons grandi. Il peut s'agir d'un quartier, d'un paysage familier, du climat ou même de certains commerces de proximité. S'installer à l'étranger implique souvent de s'adapter à un environnement inconnu, un processus qui demande du temps.
Les routines et les habitudes occupent elles aussi une place importante dans ce sentiment de manque. Qu'elles soient personnelles ou partagées par toute une communauté, elles apportent structure, réconfort et repères. Il peut s'agir de traditions, de célébrations ou de petits rituels du quotidien. Cela peut être aussi simple que de manquer le thé hebdomadaire avec nos proches, comme le mentionne Diaby Massiga, migrant malalien, dans notre dernier épisode de Le monde que nous partageons.
Le mal du pays affecte aussi votre identité. Pour certains, être dans un nouvel endroit signifie être entouré d’une langue complètement nouvelle, d’une nouvelle culture, d’un nouveau sens de l’humour. Chez eux, ils peuvent être compris sans avoir besoin de s’expliquer, mais dans un nouveau pays, atteindre ce même niveau de confort prend souvent du temps.
Enfin, ce qui manque souvent, c'est la possibilité d'être pleinement présent pour ceux qui comptent. Vivre loin de chez soi peut signifier manquer des anniversaires, des fêtes de famille ou d'autres moments importants. Cela peut aussi vouloir dire ne pas pouvoir être là physiquement dans les périodes difficiles, lorsque nos proches ont le plus besoin de notre soutien.
Lorsque nous avons le mal du pays, ce n'est donc généralement pas une seule chose qui nous manque. Ce sont les personnes, les lieux, les habitudes, les repères identitaires et les liens qui, ensemble, façonnent notre sentiment d'appartenance.
À quoi ressemble le mal du pays pour les migrants ?
Notre étude La devise de la bienveillance (2026) explore les émotions complexes associées aux envois de fonds et consacre un chapitre entier au mal du pays. Basée sur les réponses de plus de 1 000 migrants représentant plus de 20 nationalités, l’étude offre un éclairage précieux sur ce qui manque le plus aux gens lorsqu’ils vivent loin de chez eux. Examinons de plus près quelques-uns de ses principaux enseignememts.
Tous profils confondus, la famille est de loin l'élément qui manque le plus aux migrants interrogés, suivie par l'environnement familial et le foyer, puis par la nourriture.
Cependant, les différences régionales jouent également un rôle important. Par exemple, la famille est l'élément le plus souvent cité par les répondants africains, tandis que les répondants latino-américains sont plus nombreux que les autres groupes à déclarer que ce sont certains lieux en particulier qui leur manquent le plus.
Le pays d'installation influence également la manière dont les migrants vivent le mal du pays. Si l'importance de la famille reste une constante quel que soit le lieu de résidence, les répondants vivant aujourd'hui au Royaume-Uni déclarent particulièrement souffrir du manque des plats et saveurs de leur pays d'origine. De leur côté, les migrants installés aux États-Unis expriment davantage de nostalgie pour les relations humaines et les interactions sociales telles qu'ils les connaissaient dans leur pays d'origine.
L'âge influence également la façon dont nous vivons le mal du pays. Les personnes âgées de 35 à 54 ans ont tendance à ressentir plus fortement le manque de leur famille et de leur foyer que les répondants plus âgés. Les plus jeunes, quant à eux, sont davantage susceptibles de regretter leurs amis, leur langue, leur mode de vie ou encore certains lieux qui leur sont familiers. Cela ne signifie pas pour autant que les répondants plus âgés souffrent moins du mal du pays. Leurs sources de nostalgie sont simplement différentes. Ils évoquent plus souvent le climat de leur pays d'origine ou encore les relations humaines, les habitudes sociales et la manière dont les gens interagissent au quotidien.
Pour un examen plus approfondi des résultats, y compris les différences entre les migrants de première et deuxième génération, vous pouvez accéder gratuitement à l’étude complète .
Si les détails varient selon l'âge, la région d'origine ou le pays de résidence, un constat demeure : pour de nombreux migrants, le sentiment d'être chez soi est avant tout lié aux personnes qui les entourent, aux relations qu'ils entretiennent et au sentiment d'appartenance qui en découle.
Comment faire face au mal du pays lorsqu'on vit à l’étranger
Même lorsqu'il est particulièrement intense ou difficile à vivre, le mal du pays reste avant tout une expérience profondément humaine et normale. Loin d'être un signe de faiblesse, il témoigne des liens forts que nous tissons avec les personnes, les lieux, les habitudes et la culture qui nous entourent. Heureusement, il existe plusieurs façons de mieux le gérer.
Comme nous l'avons vu, notre cerveau a besoin de repères familiers pour se sentir en sécurité et à l'aise. C'est d'ailleurs l'une des principales raisons pour lesquelles l'éloignement peut parfois être si déstabilisant. Une première façon de faire face au mal du pays consiste donc à recréer un sentiment de familiarité dans son pays d'accueil. Cela passe par l'établissement de nouvelles habitudes et de nouveaux rituels. Il peut s'agir de faire ses courses dans le même magasin chaque semaine, de s'arrêter dans le même café après le travail ou encore de partir marcher tous les samedis matin. L'objectif est d'apprivoiser l'inconnu et d'aider progressivement son cerveau à se sentir plus à l'aise dans ce nouvel environnement.
Comme le montre notre étude, la famille est souvent ce qui manque le plus lorsque l'on vit loin de chez soi. Il est donc important de rester activement en contact avec ses proches. Appels téléphoniques, visioconférences ou simples messages peuvent contribuer à préserver ces liens malgré la distance. L'essentiel est d'être intentionnel et de ne pas hésiter à instaurer des rendez-vous réguliers. Au fil du temps, ces moments peuvent devenir de véritables rituels. Dans notre épisode de Le monde que nous partageons avec Kenan Haskovic, celui-ci nous a par exemple confié : « Notre tradition, c'est qu'à chaque fois que je rentre du travail, je commence à cuisiner et je les appelle en vidéo. Je leur raconte ma journée, ils me racontent la leur, et nous la partageons ensemble. »
Le manque lié à la culture d'origine peut lui aussi être atténué par de petits gestes du quotidien. Si ce sont les saveurs de votre pays qui vous manquent, vous pouvez essayer de cuisiner vos plats préférés ou rechercher un restaurant qui les propose. Si vous êtes nostalgique de la musique de chez vous, rien ne vous empêche d'écouter vos artistes favoris. Et si c'est votre langue maternelle qui vous manque, vous pouvez chercher des occasions de la pratiquer, que ce soit avec d'autres membres de votre communauté ou simplement dans votre vie quotidienne.
Le sentiment d'appartenance à une communauté peut également jouer un rôle précieux, notamment si vous regrettez certaines traditions, célébrations ou le fait d'être entouré de personnes partageant votre culture. Il existe sans doute, près de chez vous, d'autres personnes qui vivent des expériences similaires, qu'il s'agisse d'étudiants loin de leur famille ou de migrants installés dans un nouveau pays. Les groupes Facebook locaux, les associations culturelles ou les événements communautaires peuvent être de bons points de départ pour faire des rencontres et créer de nouveaux liens.
S'il est important de rester connecté à son pays d'origine, il est tout aussi essentiel d'investir du temps et de l'énergie dans sa nouvelle vie. Cela peut passer par la création de nouvelles relations, la participation à des activités locales ou la découverte de nouveaux centres d'intérêt. Comme les fleurs ont besoin d'eau et de soleil pour s'épanouir, les relations ont besoin de temps et d'attention pour grandir. Rejoindre un club de lecture, une équipe sportive ou une association locale peut par exemple être un excellent moyen de développer un sentiment d'appartenance dans son nouvel environnement.
Enfin, n'oubliez pas que le mal du pays et le bonheur peuvent parfaitement coexister. Il est possible de ressentir le manque de chez soi tout en appréciant pleinement sa nouvelle vie. Se sentir heureux dans son pays d'accueil n'est pas une trahison envers les personnes ou les lieux laissés derrière soi. Au contraire, ceux qui vous aiment souhaitent généralement vous voir vous adapter, vous épanouir et construire une vie qui vous ressemble.
Et si certains jours sont plus difficiles que d'autres, c'est tout à fait normal. Avec le temps, les nouvelles habitudes, les nouvelles relations et les nouveaux souvenirs prennent progressivement leur place, et le mal du pays tend souvent à s'atténuer. En revanche, si les sentiments de tristesse, d'anxiété, d'isolement ou de détresse persistent et commencent à avoir un impact sur votre quotidien, n'hésitez pas à demander de l'aide à un professionnel de la santé mentale.
Le cœur entre deux foyers
Le mal du pays est une réaction naturelle au changement. Comme nous l'avons vu, notre cerveau s'appuie sur des repères familiers pour se sentir en sécurité et fonctionner sereinement. Ressentir le manque de chez soi n'est donc jamais le signe que l'on s'adapte mal à sa nouvelle vie. C'est avant tout une expérience profondément humaine.
Le mal du pays témoigne également de l'importance des liens que nous avons tissés et de l'attachement que nous portons à nos racines. Comme le disait Winnie l'Ourson : « Quelle chance j'ai d'avoir quelque chose qui rend les adieux si difficiles. » En ce sens, l'intensité du manque que nous ressentons reflète souvent la profondeur des liens qui nous unissent aux personnes, aux lieux et aux souvenirs que nous chérissons.
Avec le temps, nous découvrons que le sentiment d'être chez soi peut exister dans plusieurs lieux et auprès de plusieurs personnes à la fois. L'objectif n'est pas de cesser de regretter son pays d'origine, mais d'apprendre à construire une vie où les racines que l'on porte en soi et les nouveaux départs peuvent cohabiter.
Que ce soit grâce à des appels réguliers, à des traditions partagées ou à l'envoi de soutien lorsqu'il compte le plus, Ria aide les familles à rester connectées malgré la distance. Pour commencer, trouvez un point de vente Ria près de chez vous, téléchargez notre application ou rendez-vous sur notre site web.
FAQ
1. Qu’est-ce que le mal du pays ?
Le mal du pays désigne le sentiment de manque, de nostalgie ou de détresse que l'on peut ressentir lorsqu'on est loin de son foyer, de ses proches, de ses repères habituels ou de la culture qui nous est familière.
2. Pourquoi ressent-on le mal du pays ?
Le chez-soi est étroitement lié à notre sentiment de familiarité, de sécurité, d'identité, à nos relations et à nos habitudes quotidiennes. Lorsque ces repères disparaissent soudainement, notre cerveau et notre corps peuvent avoir besoin de temps pour s'adapter à ce nouvel environnement.
3. Est-il normal d'avoir le mal du pays après un départ à l'étranger ?
Oui, tout à fait. Le mal du pays est une réaction courante lorsqu'on s'installe dans un nouveau pays. Cela ne signifie pas que l'on a fait le mauvais choix, mais plutôt que l'on est en train de s'adapter à de nouvelles personnes, de nouveaux lieux, une nouvelle langue et de nouvelles habitudes.
4. Qu'est-ce qui manque le plus aux migrants ?
Selon l'étude The Currency of Caring de Ria, les trois éléments qui manquent le plus aux migrants sont la famille, le foyer et la nourriture.
5. Quels sont les signes les plus fréquents du mal du pays ?
Le mal du pays peut se manifester de différentes façons : tristesse, nostalgie, irritabilité, sentiment de solitude, tendance à s'isoler, troubles du sommeil, changements d'appétit ou difficultés à se concentrer. Si ces symptômes deviennent particulièrement intenses ou durables, il peut être utile de consulter un professionnel qualifié.
6. Comment faire face au mal du pays lorsqu'on vit à l'étranger ?
Parmi les stratégies les plus efficaces figurent la création de nouvelles routines, le maintien du lien avec ses proches, le développement de relations dans son pays d'accueil, la participation à des activités locales, le fait de cuisiner des plats familiers ou encore la recherche de soutien lorsque cela est nécessaire.
7. Le mal du pays finit-il par disparaître ?
Le mal du pays évolue généralement avec le temps. À mesure que le nouvel environnement devient plus familier, il tend souvent à s'atténuer. Cependant, des moments de nostalgie peuvent réapparaître lors d'événements familiaux, de fêtes, de périodes difficiles ou lorsqu'un souvenir ravive le lien avec son pays d'origine.
8. Pourquoi la nourriture nous fait-elle penser à chez nous ?
La nourriture est étroitement liée à nos souvenirs, à notre culture, à nos traditions familiales et à notre identité. Une saveur ou une odeur familière peut instantanément faire ressurgir des personnes, des lieux et des moments associés à notre pays d'origine.
9. Peut-on se sentir chez soi dans deux endroits à la fois ?
Oui. De nombreux migrants développent un sentiment d'appartenance partagé entre leur pays d'origine et leur pays d'accueil. Il est possible de rester attaché à ses racines tout en construisant de nouvelles habitudes, de nouvelles relations et un nouveau sentiment de chez-soi ailleurs. Comme le montre l'étude La devise de la bienveillance, l'identité et le sentiment d'appartenance évoluent au fil du temps plutôt que de rester figés.
À propos de l'auteur

Chiara Boutot
Chiara Boutot is a French content specialist who writes about migration, community and connection.
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